- “ Zhor, elle était vierge !” s’exclama-t-il
- “Tu ne peux comprendre les combines des femmes.” dit-elle dans un profond soupir, les yeux tristes.
Mihoub était effaré, il ne pouvait croire ses oreilles. S’apercevant de son attitude, Zhor l’attira d’un geste :
- “viens, allons-nous en; et, ajouta, aies du courage.”
Tout en marchant elle lui expliqua que la mère de Rokaïa et fatma avaient dupé son père pour lui montrer peut être que celui-ci n’était pour rien.
- “ C’est donc ainsi ?” Dit tout simplement Mihoub.
- “Oui ! Elle était enceinte depuis quelques mois déjà. Toutes les femmes s’en étaient aperçues au bain. Elle avait essayé de se faire avorter par une vieille femme mais l’opération a échoué, et c’est pour ça qu’elles s'étaient précipité pour célébrer les noces et consommer le mariage. Il paraît que quelqu’un avait prévenu ton père mais il n’avait pas voulu le croire. Je pense que tu ne peux en vouloir qu’à ta belle mère qui a tout arrangé.” Puis elle s’arrêta un instant le toucha au bras et lui dit en le regardant dans les yeux :
- “Je t’en supplie n’en souffles mot, l’important c’est que tu es au courant prends garde à ce qu’elle ne se fasse pas accoucher en secret et tu seras sauvé.”
- “ Tu appelles ça sauvé toi? Je suis plutôt englouti jusqu’au cou …” Ils ne s’étaient pas aperçu qu’ils étaient au milieu d’autres étudiants; le vacarme et l’agitation les empêchaient de continuer leur discussions.
Les propos de Zhor furent un choc pour Mihoub. Ses paroles résonnaient encore dans ses oreilles. Il était à la fois hanté et soulagé : hanté parce qu’il ne s’était jamais imaginé victime d’une telle trahison, soulagé parce qu’il savait ce qu’on essayait de lui cacher.
Ce soir, en dormant, il réfléchissait : son absence de la maison arrangeait les choses pour Fatma et sa nièce,ce qui expliquait pourquoi celle là ne s’était pas opposé à la décision de Si Salah d’autoriser Mihoub à poursuivre ses études. Elles combineraient l’accouchement de Zhor sans que Si Salah ne s’aperçoive de rien. . Les paroles de Zhor furent un choc pour Mihoub. Ses propos résonnaient encore dans ses oreilles. Il était à la fois hanté et soulagé : hanté parce qu’il ne s’était aperçu de rien; soulagé, parce que ce fut une occasion de prouver le traquennard de Fatma et de se débarrasser de Zhor.
En réfléchissant il prit la décision de retourner chez lui pour prouver la grossesse de sa femme et éviter le traquennard qu’elle et sa tante étaient en train de préparer.
Le matin Mihoub annonça sa décision à Zhor.
- “ Je crois que c’est le meilleur moyen d’empêcher le pire et la meilleure occasion de me débarrasser d'elle définitivement.” Dit-il. Zhor méditait en le regardant :
- “ réfléchis Mihoub; c’est un meilleur moyen pour te débarrasser d’elle mais n’oublies pas que c’est la nièce de ta belle mère. En dénonçant Rokaïa tu dénonces aussi Fatma. Tu vas détruire le foyer de ton père….”
Mihoub l’arrêta :
- “ peut être aurais-je aussi la chance de sauver mon père de cette vipère. Il se remariera.”
Mihoub parlait d’un ton si décidé et d’une voix si dure que Zhor ne su que répondre et finalement acquiéça.
Mihoub quitta l’université, heureusement pas pour toujours, car il espérait y revenir une fois sa mission terminée. Il savait qu’il devait affronter les questions de tout le village sur son retour prématuré :
-“pourquoi es-tu revenu ?”
-“je n’ai pas où loger, il n’y a pas de place; on nous a demandé de revenir plus tard lorsque les chambres seront prêtes; dans un mois, peut être même deux.”
Il imaginait les taquineries de ses amis :
- “ Tu n’as pu tenir là-bas ; tu t’es habitué à la vie de marié.”
Le plus que Mihoub craignait c'était la réaction de son père. Ce dernier étonna Mihoub par sa compréhension de la situation :
-“ Bon puisque c’est ainsi, ne perds pas ton temps avec les voyous. Occupes-toi à lire te à réviser tes leçons.”
Mihoub était soulagé mais il devait tout de suite penser à ce qu’il était venu réellement faire. En vérité il ne savait par quoi commencer; il devait se confier à quelqu’un. Mais tout de suite il rejeta cette idée parce que la situation ubuesque dans laquelle il se trouvait ne pouvait être comprise par n’importe qui et il risquait d’ébruiter son histoire et de s’attirer des problèmes et être la risée de tout le village.
Une fois reposé de son voyage, il commençait à rédiger une lettre à Zhor. Sans écrire l’en tête il commença :
“ Heureusement que mon père ait accepté l’explication que j’ai donné de mon retour : un manque de chambres et le fait de retourner dans un mois ou deux à l’université. Me voici donc chez moi, elle est là : entrant et sortant visiblement embarrassée par ma présence. J’ai un livre devant moi sur lequel j’écris, et, à chaque fois qu’elle entre j’enfouis la feuille dedans et fais semblant de lire.
C’est maintenant seulement que je me rends compte qu’elle est enceinte et c’est maintenant seulement que je commence à penser à ce que serait mon attitude lorsqu’elle accouchera. D’ailleurs me rendrais-je compte ? Combien lui restera-t-il ? Ce qu’elles préparent elle et sa tante ? A toutes ces questions je ne sais que répondre. Mais ce que je sais c’est l'expression de ses yeux noirs et perçants et de son visage que ni le maquillage outrancier ni les sourires forcés n’arrivent à cacher la trahison perfide et malheureuse. Chère Zhor je suis angoissé à l’idée qu’elle accouchera chez moi. Je serai la cible des plaisanteries, des moqueries et même de mépris de la part des gens du village. J’ai été victime de ce mariage duquel j'essaie de m’échapper maintenant. Mais je sais que c’est une occasion que je ne peux rater sinon je la subirais toute ma vie et je n’aurais aucune raison à invoquer pour mon père, qui ne veut pas s’embrouiller avec les parents de Rokaïa, pour me séparer d’elle. Je pense me confier à tante Mirièm qui peut m’aider au moins moralement. Pourquoi ne le ferait-elle pas ? Elle sait tout.
Chère Zhor, l’espoir est toujours présent ; j’ai confiance en l’avenir. Le malheur se dissipera et nous nous reverrons ; je reviendrais à l’université et tout sera terminé. Sois tranquille tout se passera bien…. Il n’y a que toi qui me manques. Te rends –tu compte combien j’aurais voulu t’avoir auprès de moi ? Je me réconforte par l’écriture en pensant que tu penses aussi à moi. Car, c’est peut être par la pensée que tu m’aideras."
Ce que Mihoub n’avait pas écrit dans sa lettre c’était qu’il avait rencontré tante Mirièm dans son chemin à la maison.
"J’étais la vraie amie de ta mère que dieu la bénisse dans sa tombe, disait-elle à Mihoub à chaque fois qu’elle le rencontrait, nous étions des soeurs devant Dieu”.Tante Mirièm était une vieille voisine et amie de sa défunte mère dont elle ne cessait d’évoquer les qualités devant Mihoub au point d’irriter parfois Fatma qui esquissait un geste de dépit devant tant de louanges de la mère de Mihoub. Cette fois elle ne manqua pas de le lui rappeler. Mihoub lui avait expliqué son retour, comme à tous les autres, par le manque de chambres; mais il avait senti chez elle comme une satisfaction de le voir.
- “ Quand tu te reposeras tu retourneras me voir et prendre le café avec ton frère Brahim.”
Mihoub n’était pas prêt à aller chez elle au début. Pourtant quand il posta la lettre de Zhor il décida, dans l’espoir de trouver chez elle du réconfort, de lui rendre visite. Tante Mérièm, comme l’appelait toujours Mihoub le fit entrer et l’invita à s’asseoir. Elle l’interrogea sur sa santé et celle de son père. Mihoub sirotait le thé qu’elle lui avait préparé.
Tante mérièm s’assit devant lui et dit d’un air grave :
-“ Mihoub, je te considère toujours comme Brahim mon propre fils, tu sais que nous étions moi et ta mère que Dieu la bénisse dans sa tombe comme des soeurs. Il faut que tu m’écoutes; il ne faut pas avoir honte. Ce que je vais te dire tu le sais peut être, mais je veux libérer ma conscience en te proposant mon aide.” Elle regarda Mihoub qui retint difficilement ses larmes; il acquiesça d’un hochement de tête puis il baissa la tête et s’en alla.
- “Oui, dit-elle d’un coup, elle était enceinte avant la célébration du mariage. Maintenant il lui reste peut être quelques jours pour accoucher, je ne peux pas me tromper dans mon calcul. Tout le monde en parle; les femmes l’ont vu au bain et toutes s'étaient aperçues de sa grossesse.
A suivre.......
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