- « Il faut convaincre mon père » dit Mihoub d’une voix étouffée par les sanglots.
- « Je l’ai mise au courant ; il sait tout, il allait les renvoyer toutes les deux mais je lui ai conseillé de patienter pour ne pas créer un scandale eu égard au père de Rokaïa qui ignore certainement tout des manigances de Fatma et de sa femme. SI Salah va sûrement s’entretenir avec le père de Rokaïa. »
Mihoub se tu, mais il était soulagé par les paroles réconfortantes de tante Mérièm et sachant que celle ci partageait avec lui le malheur qui le frappait. Il quitta la vieille sur ces paroles réconfortantes. Il marchait dans les rues sans savoir où il allait, regardait autour de lui sans rien voir, tellement il était absorbé par ses pensées. Ainsi en cheminant il se trouvait à la sortie du village toujours plongé dans ses pensées. Il était surtout embarrassé par l’idée de se voir un jour devant le juge et de lui expliquer comment il n’avait pu se rendre compte de la grossesse de Rokaïa. Celle ci pouvait le rendre responsable de cette grossesse et l’explication aurait été simple.
- « Mihoub ! Tu es là ? Je te croyais à l’université ! » C’était quelqu’un qui venait de le sortir du cour de ses pensées. Ils parlèrent un moment puis retournèrent ensemble au village.
En rentrant chez lui, Mihoub constata tout de suite l’irritation de Fatma et l’absence de son père. C’était visible et puis Si Salah claqua la porte nerveusement, suivi du père et de la mère de Rokaïa. Mihoub compris et se hâta à entrer dans sa chambre. Il ne put s’empêcher de réfléchir, de penser, de revivre le passé ou d’essayer d’entrevoir l’avenir. Il éteint la lumière et essaya de dormir, sans résultat. L’angoisse s’empara de lui, ce qui exprimait son impuissance morale et sa solitude. À ce moment sa femme entra et alluma. Mihoub vit son visage blanc, ses yeux sans éclat. Elle se déplaçait difficilement, elle avait l’air épuisé, elle essayait de cacher un mal car elle grimaçait à chaque fois, les traits de son visage se durcissaient d’un moment à l’autre. Elle se coucha en silence. On éteint la lumière .Mihoub s’aperçut qu’elle étouffait faiblement ses gémissements. Elle se tourna d’un coté puis de l’autre, change plusieurs fois de positions et laissa entendre nettement ses gémissements. Puis lâcha une injure pleine de sens : « que dieu maudisse ceux qui m’ont mis dans cette situation. »
Mihoub ne put comprendre, il resta silencieux. Rokaïa alluma. « Qu’est ce que tu as ? » Lui dit-il.
-« J'ai mal au ventre. » Répondit-elle. Mihoub se couvrit et fit semblant de dormir. Il dormit réellement. Il se trouvait dans la forêt par une nuit noire. De toutes parts des animaux sauvages qui semblaient le menacer, puis le gémissement d’une personne souffrante. Mihoub regarda de tous les cotés et ne vit rien. Soudain des secousses le tirèrent de son sommeil.
-« Mihoub, Mihoub ! aide-moi j’ai très mal au ventre. »
Mihoub sorti très vite et alla frapper à la porte de la chambre de son père, Fatma lui ouvrit tellement vite qu'on dirait qu’elle attendait derrière la porte. Mihoub désigna sa chambre de la tête :
-« Elle est malade. » Dit-il simplement.
Le visage de Fatma devint blanc. Elle alla voire. Si Salah sortit à son tour. Mihoub resta debout. De son endroit lui parvinrent les paroles de Si Salah qui ressemblaient à des reproches ou des menaces puis il revient et dit à Mihoub de l’accompagner. Ils sortirent ensembles et allèrent droit chez “tante Mirièm”.on leur ouvrit. Si Salah entra en laissant Mihoub sur le pas de la porte; puis on lui dit d’entrer à son tour. “Tante Mirièm” dit à Mihoub :
-« Mon fils tu restes avec ton frère Brahim jusqu’à mon retour et ajouta : vous pouvez dormir je prends la clef avec moi. »
Brahim prépara le lit pour Mihoub à coté du sien et ils se couchèrent. Un fois la lumière éteinte, Brahim interrogea :
-« Qu’est ce qui se passe chez toi ? » Mihoub répondit : « Elle est malade. » Brahim alluma précipitamment : « Déjà ? »
- « Quoi? »
- « Elle va accoucher ? »
- « Non ! Elle est seulement malade, elle ne va certainement pas accoucher cette nuit. » Brahim souriait en regardant dans les yeux de Mihoub.
- « Vraiment ? Elle est seulement malade et ne va pas accoucher cette nuit ? »
- « Pourquoi ? C’est ainsi que les femmes accouchent ? »
- « Bien sur ! »
- « Alors ?….. »
- « Oui …. »Dit Brahim en hochant la tête. Mihoub se dégagea brusquement de son lit, Brahim se précipita pour le retenir.
- « Où vas-tu? »
- « Je vais voire »
- « Voire quoi ? »
- « Tu ne feras que compliquer les choses, restes ici et demain nous verrons ce que nous pouvons faire .D’ailleurs nous ne savons même pas si elle accouche. Peut être est-elle seulement malade comme tu l’as dis. » Dit Brahim comme pour le réconforter.