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histoirevraie

Pseudo: belmihoubCatégorie: Journal IntimeDescription:
Voici une histoire vraie dédiée à toutes les femmes à l'occasion du 8 Mars.
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Dimanche 17 Septembre 2006

3  la fête  (suite)

    Le soleil pointait son nez, les gens commençaient à envahir les rues, en somme l’habituelle activité matinale. Mihoub se sentait épuisé comme s’il avait travaillé toute la nuit. En fait depuis quelque temps il ne dormait presque plus.  Comment sa mère ne s’était-elle pas aperçu de la fatigue qui se lisait sur ses yeux tellement il passait des nuits blanches ? Se demandait-il intérieurement. Il passait ses nuits à penser à son avenir avec Rokaïa, ne pensant au passé qu’en pensant à Zhor. Il méditait beaucoup sur ce qui allait lui arriver. Le passé ne comptait pour lui qu’avec Zhor et l’avenir s’assombrissait avec Rokaïa. Sa vie avec Zhor se terminait avec l’année scolaire car celle-ci était autorisée par ses parents à poursuivre ses études à l’université. Pendant les vacances elle allait toujours les passer chez ses grands parents qui habitaient la campagne et qui eux aussi, d’après Zhor l’encourageaient à poursuivre ses études et étaient fières d’elle. La reverrait-il après ces vacances et même s’il la reverrait pouvait-il la convaincre qu'il était forcé à ce mariage ? Il sait, comme elle le lui a plusieurs expliqué qu'elle était parfaitement consciente de sa situation mais Mihoub voulait se convaincre lui-même de sa bonne foi envers celle qu'il aimait. Espérait-elle un refus de sa part ?                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                       Mais ce qui le tracassait le plus c’était cette sorcière de Fatma, qu’il continuait à appeler “ma mère” par respect pour son père, qui était la cause de tous ses malheurs.

    Mihoub avait pensé à toutes les issues pour échapper à ce mariage forcé: quitter la ville comme Rachid, qui était d’ailleurs le seul à lui conseiller cette solution, chercher du travail et vivre reclus de tous parce qu’il s’aurait attiré le mépris de son père? Zhor le lui avait déconseillé. “Il faut obéir à tes parents"avait-elle dit. Quelle sublime réflexion qui débordait de bonté et tendresse pour Mihoub. Il était émerveillé par son comportement. Heureusement qu’il la revoyait chaque jour ce qui le réconfortait. Les moments passés au lycée étaient pour lui les plus précieux.

   Cette journée passait semblable aux autres. Il revit Zhor à la sortie comme ils avaient pris l’habitude de le faire, loin des regards pour éviter les ragoûts redoutables surtout pour la fille mais dans le cas de Mihoub et Zhor ils l’étaient beaucoup plus pour lui que pour elle.

       Paradoxalement ils s’entretenaient beaucoup de l’avenir qu’ils ne partageaient pas. Bien qu’ils savaient qu’ils allaient se séparer, ils se parlaient comme s’ils allaient vivre ensembles. Ce qui comptait pour Mihoub c’était ce réconfort que lui procurait la compagnie de Zhor. Elle aussi, jouissait de ses moments de bonheur passés avec Mihoub. Curieusement il se sentait de plus en plus proche d’elle ; il lui dévoilait tous ses sentiments et lui racontait en détail ce qui se passait à la maison son comportement et ceux de son père et sa mère. Zhor aussi se sentait de plus en plus proche de lui et pourtant elle ne pouvait le considérer autrement que comme un confident. Comme il aurait souhaiter que ces moments ne terminaient plus mais hélas la réalité était impitoyable envers eux il fallait se séparer et revenir à la réalité après les fantasmes diurnes passés au lycée et après avec Zhor. Le lendemain tout reprenait….

      Le baccalauréat passa. Mihoub savait qu’il allait être admis d’ailleurs tous les camarades s’accordaient à l’affirmer. Zhor, qui comptait beaucoup sur cet examen plus que Mihoub, aussi était une élève studieuse et intelligente. Pour Mihoub le baccalauréat ne comptait pas beaucoup parce qu’il pensait plus à ce qu’il allait devenir avec Rokaïa qu’à cet examen qui ne lui servait à rien puisqu’il ne peut même pas en profiter pour rencontrer Zhor, lui qui était subjugué pour les études supérieurs.

      Après la proclamation des résultats, Mihoub ayant été admis, organisa une fête à cette occasion. C’était uniquement pour échapper aux reproches et remarques de ses camarades qui insistèrent pour les inviter et pouvoir partager la joie avec lui. “Après tout tu vas bientôt te marier et nous laisser sur le carreau.” avait plaisanté l’un d’eux. Mihoub ne pouvait qu’acquiescer.

           Quelques jours auparavant “sa mère” lui avait annoncé sur un air de gaîté : “ Le mariage aura lieu le mois prochain.” C’était drôle que des gens décidaient pour lui et à sa place; alors qu’il ne disposait lui que le pouvoir d’approuver sans brancher et ce au nom du respect pour son père. Il pensait à l’abus dont usait Fatma pour lui faire accepter ce mariage arrangé pour sauver sa nièce et sa soeur du déshonneur.

      Mihoub était hanté par l’idée qu’il allait se marier. Alors que Zhor allait goutter aux délices des vacances après une année de durs efforts. Elle était allée à la campagne comme les précédentes vacances. Ne lui avait-elle pas dit avec les larmes aux yeux, après qu’elle eu su qu’ils avaient décroché tous les deux leur bac : “ L’année prochaine nous nous rencontreront à l’université.” A-t-elle oublié que lui n’irait pas à l’université ? Et qu’il allait se marier ? Non, elle ne pouvait oublier mais elle l’avait fait pour montrer sa ténacité et aussi, peut être, exprimer un espoir. “ Quelle magnifique fille !” se dit tout bas Mihoub. Ce serait de la lâcheté que de quitter une fille qu’on avait aimé,avec on s’était fortement lié, qui vous avait procuré tant de réconfort, tant de plaisir,avec qui vous aviez souhaité tant vivre et ne quittait votre esprit que rarement. Une fille pour laquelle et autour de laquelle vous aviez construit tout votre avenir.

   C’était ainsi que méditait Mihoub dans un coin de la salle. Il semblait être absent de l’ambiance qui y régnait. Il n’écoutait ni les chants qui pourraient lui faire oublier celle qu’il aimait,ni les sons de la ghaïta et les battement de derboukas ; son esprit vivait loin de ce tapage qu’il espérait qu’il cessa. Il regardait ses convives sans les voire avec des yeux absents.

    Tous ces visages rieurs, tous ces jeunes indécis,distraits et absorbés par la musique et les chants n'avaient aucune importance pour lui. Il vivait dans ses rêves loin d’eux,il vivait avec Zhor.

      A une heure tardive de la nuit tout cessa et Mihoub était soulagé de se trouver seul avec ses pensées. Il n'eut pas envie de dormir, même d’enlever ses vêtements. D’ailleurs il y avait longtemps qu’il avait perdu le goût du sommeil profond. Il se mis dans son lit pris un livre mais ne put s’empêcher de penser à Zhor. Pour dormir, Mihoub essaya de chasser son image de son esprit en vain. Cependant il continuait à tenir le livre entre les mains, ses yeux regardaient les pages, mais il ne voyait rien. Les lignes, les mots et les lettres se transformaient en images parfois joyeuses et plaines de bonheur avec Zhor parfois lugubres et tristes avec Rokaïa. Mihoub mis les mains sur yeux et pensa longuement comme pour vaincre l’insomnie.           

    De dehors retentit la voix du muezzin appelant à la prière. Mihoub regarda la montre il était trois heures et demis. Il s’allongea et essaya de dormir et cette fois il dormit.

   “Félicitations, Mihoub “ tout le monde dans la rue le félicitait mais il ne sait  si on le félicitait pour sa réussite au bac ou pour son mariage. Il ne pouvait le dire et ne voulu le savoir. Il avait eu bizarrement l’impression que les parents de Rokaïa ou les siens annuleraient le mariage; et il avait cru à cette fausse impression car en réalité ceux-ci demandèrent même à Si Salah d’activer les préparatifs et le mariage. C’était surtout Fatma qui était curieusement plus pressée :

 -         “ Il faut célébrer le mariage pendant ces jours sinon on va être en retard” dit-elle. Si Salah ne pouvait qu'approuver :

 -         “C’est à toi que je laisse le soin de préparer tout comme tu le fais depuis le début.”

 Au soir Fatama annonça à Mihoub:

 -         “Le mariage aura lieu la semaine suivante…Nous sommes prêts, et nous n’avons pas à attendre.”

             Mihoub entra dans sa chambre ferma la porte et se mit à réfléchir : Elle avait dit “nous n’avons à attendre”. Pourquoi tout cet empressement ? Il se voit devant l’officier public à côté de Rokaïa qu’il savait qu’elle était amoureuse d’un autre et qui allait devenir par le fait d’une signature sa femme. Pouvait-il, lui, à la dernière minute refuser ? Ce serait une humiliation pour son père qu’il plaignait pour avoir laisser son sort aux mains de Fatma. Comment expliquer cette attitude du père qui n’agissait dans ce mariage que par ce que Fatma avait décidé ? Les autres disaient que c’était l’effet de la sorcellerie dont aurait usé Fatma pour amadouer Si Salah; mais Mihoub, qui avait été influencé par ses maîtres et professeurs dans un esprit cartésien, ne croyait pas à ces sornettes. Pour lui son père se laissait dominé par sa femme dans cette affaire de mariage, c’était tout. C’était aussi pour cette raison que Mihoub avait toujours espéré un changement d’attitude de la part de son père. Il avait espéré ce changement d’attitude au moins pour aller à l’université. Il n’avait jamais affronté son père dans aucune question et leur communication se limitait au stricte minimum. Il ne pouvait d’ailleurs jamais un instant penser tenir tête à son père dans aucun sujet. Il ne le craignait pas parce qu’il ne l’avait jamais brutalisé ou sermonné mais il lui vouait un profond respect comme les anciens le faisaient pour leurs parents; il espérait en retour un geste compréhensif.

   On frappa à sa porte,il ouvrit et trouva Fatma au seuil. Elle lui dit:

 -         “ Ton père t’appelle, il veut te parler.” Et retourna à la cuisine.

 -         “Bonsoir père.” Mihoub s’assoie. Il avait peur de ce que son père allait lui dire. Celui ci leva vers lui ses yeux que Mihoub cru voir pour la première fois et qu’il devait affronter tellement la décision paraissait grave :

 -         “Mihoub, commença-t-il , plusieurs des parents de tes camarades qui iront à l’université l’année prochaine m’ont parlé et comme eux tu vas toi aussi aller à l’université.” Ces paroles étaient prononcées simplement et d’une voix monocorde. Et le père ajouta:

 -         “Mais n’oublies pas tes parents mon fils ,d’ailleurs tu m’as toujours obéï et je suis fière de cette obéissance.”

              Mihoub eu de la peine à cacher sa joie. N’était ce son humilité devant son père il lui aurait sauté au cou et l’aurait embrassé pour le remercier. Il était impatient d’annoncer la nouvelle à ses camarades; c’était une façon de les remercier de l’avoir aidé par l’intermédiaire de leurs parents qui avaient convaincu son père bien que le rôle de Rachid n’avait pas été négligeable car, sachant ne pas être entendu par Si Salah il avait plaidé sa cause auprès de son père à lui qui aurait certainement rallié d’autres surtout des parents des camarades de Mihoub : “Après tout pourquoi priver la famille d’avoir un universitaire? Si Salah avait fini par céder. Ce qui n’avait pas plu à Fatma mais sa décision était prise; il avait donné sa parole aux parents des camarades de Mihoub et il ne pouvait reculer et être la risée des gens pour avoir suivi les conseils de sa femme en dépit de la parole donnée car tout le monde savait que l’histoire de Mihoub était l’oeuvre de Fatma. Mihoub avait cru un instant que ce mariage aussi était annulé mais il se rendit à l’évidence une fois isolé dans sa chambre que la décision de son père concernait uniquement la poursuite de ses études. Fatama lui avait annoncé quelques instants auparavant que les noces auraient lieu la semaine prochaine. Il remarqua le visage fermé de Fatma car la décision de Si Salah ne réjouissait pas

        Après le dîner il souhaita bonne nuit à son père et le quitta pour aller dans sa chambre. Il aurait voulu sortir dans la rue et crier :”J’irai à l’université!". Il était surtout impatient d’annoncer la nouvelle à ses camarades et surtout à Zhor qui avait toujours cru qu’ils iraient ensembles à l’université. Cette nuit il dormi d’un sommeil de plomb et il en profitait tellement car voilà longtemps qu’il n’avait dormi aussi profondément.

    Cependant le matin Mihoub devait affronter la réalité : son mariage avec Rokaïa. Il était hanté par ce mariage auquel il ne pouvait malheureusement échapper. Parmi ses camarades il se trouvait toujours quelqu'un pour lui rapporter que Rokaïa et Khaled se sont vu. Ce matin Mihoub était pressé de rencontrer quelqu’un à qui annoncer la nouvelle; il en rencontra effectivement un qui s’empressa, avant que Mihoub ne le salua, de lui dire : “ Hier j’ai vu Khaled avec Rokaïa, ils étaient ensembles.” Mihoub le coupa net :"je n’en crois pas un mot !” N’y croyait-il pas vraiment ? Dans son profond intérieur Mihoub savait que c’était vrai. Sinon ces paroles auraient provoqué une réaction violente de la part de Mihoub. D’ailleurs même Rokaïa semblait depuis quelques temps faire de la provocation ; on dirait qu’elle cherchait le scandale pour rompre peut être car ses parents refusaient d’accorder sa main à Khaled. Par cette réponse il voulait dire que ce qui importait pour lui c’était de pouvoir poursuivre ses études et ne pas perdre de vue Zhor. Puis il annonça à son copain : “ Mon père m’autorise à aller à l’université.”

 -“Ah ça c’est une bonne nouvelle, Mihoub, nous irons ensembles donc.”   

    Ils allèrent ensembles trouver les autres camarades pour leur annoncer la nouvelle. Ceux ci essayaient le plus possible de ne pas lui parler de son mariage : ils avaient compris qu’il était forcé et avaient aussi de la pitié pour lui.

    Après les noces Mihoub passait ses journées dans sa chambre refusant de sortir. Il passait son temps à lire et à écouter la radio. Il ne parlait que rarement à Rokaïa, sa femme. Il éprouvait un sentiment bizarre pour elle. Quand elle lui adressait la parole il se contentait de la regarder avec un mélange de dégoût et de pitié. Le dégoût parce qu’il ne l’aimait pas, quant à la pitié c’était parce qu’elle aussi, et plus que lui, était victime des coutumes et de la morale qui recommandaient le respect pour les parents. Elle aussi aimait un autre garçon comme lui il aimait une autre fille. Il se senti haï par elle; pourtant elle ne l’avait jamais laisser paraître mais c’étaient des sentiments qui se vérifiaient aux comportements.

          La nuit quand ils dormaient Rokaïa lui tournait toujours le dos; Mihoub ne comprenait pas cette attitude. Était-ce une expression de haine ? Mihoub le souhaitait. Pourtant le jour quand elle lui apportait à manger s’attardait devant lui et le contemplait et ne le quittait que lorsqu’elle voyait qu’il était vraiment agacé par sa présence et pour éviter de recevoir une rebuffade.

     Intérieurement il ne se rendait pas compte d’un changement dans sa vie; le mariage ne l’avait pas changé. Il pensait à Zhor, à l’université, à ses camarades car on dirait que la décision de son père, l’autorisant à aller à l’université, l’avait sauvé du désespoir. Autant il était reconnaissant envers son père de l’avoir ainsi sauvé autant il en voulait à “sa mère” de l’avoir empêtré dans ce mariage qui n’arrangeait que les affaires et ne résolvait que les problèmes d’autres personnes. Il passait ses journées à imaginer sa vie à l’université et seules les allées et venues de Rokaïa dans sa chambre, sa voix et celle de Fatma vinrent troubler de temps à autre les monotones pensées de Mihoub. Ainsi durant de longues journées de solitude, lisant des livres, écoutant la radio et ne sortant que rarement, Mihoub passait les plus longues vacances de sa vie.       

     Le soir, au lit Rokaïa lui tournait toujours le dos. Mihoub n’arrivait pas à comprendre cette attitude. Le haïssait-elle ? C’était ce qu’il souhaitait. Pourtant il ne savait rien ou ne voulait rien de ses sentiments à son égard. Pourtant le jour quand elle lui apportait à manger, car c’était la seule occasion dont elle pouvait profiter pour sonder ses sentiments envers elle, elle essayait de batifoler, se disant peut être que Mihoub, comme tout nouveau marié, profiterait de ses moments pour s’amuser avec elle. Mihoub, sans la choquer ou écorcher sa sensibilité, montrait un certain agacement et paraissait pressé de retrouver sa solitude.

      Puis le jour de la rentrée universitaire arriva. Le matin de son départ Mihoub alla trouver n père, celui-ci ne pouvait ménager ses derniers conseils :

 -         “Tache de bien travailler, d’être un homme correct pour honorer les tiens, et pour que je sois fier de toi. Ne fréquentes pas les mauvais garçons, ne fait pas comme le chien de Rachid.”  A l’évocation de Rachid Mihoub baissa les yeux, se leva, embrassa son père et le quitta.

 

 

 

publié par belmihoub dans: histoirevraie

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